(Par Moïse Musangana)
Au nom de quelle disposition constitutionnelle un président de la République sortant aurait-il le droit constitutionnel de «désigner» ou de «valider» son successeur ? Poser la question, c’est mesurer l’abîme qui sépare les pratiques de la classe politique congolaise de l’esprit du constitutionnalisme.
Le spectre de l’accord secret FCC-CACH, régulièrement agité sur internet à coup de signatures non authentifiées, remet au centre de l’arène publique une dérive dangereuse : la fétichisation des accords politiques au détriment de la Loi Suprême.
Lorsque des partisans politiques affirment aujourd’hui qu’un accord bilatéral liait l’avenir de la Nation, ils ne se rendent pas compte qu’ils formulent, à l’encontre de leurs propres leaders, un réquisitoire accablant. S’arroger des prérogatives électorales en dehors des institutions légitimes, court-circuiter les mécanismes de la CENI et de la Cour constitutionnelle, n’est-ce pas flirter dangereusement avec les critères de la haute trahison définis par l’article 165 de notre Constitution ? Prétendre détenir les clés de la magistrature suprême par convention privée relève de la subversion délibérée de l’ordre démocratique.
Les conséquences de cette culture de l’arrangement se font sentir aujourd’hui. Ce débat pollue les discussions sur la révision constitutionnelle et installe un climat de suspicion permanente sur la légitimité du pouvoir. L’histoire politique récente a pourtant tranché : la mise en place de l’Union sacrée de la nation a démontré que les digues artificielles des accords politiques cèdent toujours face aux prérogatives réelles et constitutionnelles d’un chef de l’État en fonction.
Les constitutionnalistes congolais l’ont dit et répété : un accord politique n’a pas valeur de loi et encore moins de Constitution. Pour que la RDC devienne un véritable État de droit, l’opinion publique doit rejeter ces récits de coulisses. Le pouvoir en RDC se donne aux urnes, il ne se négocie pas sous le manteau./
