
CGDC / PF
Conseil Général de la Diaspora Congolaise
Dans l’histoire de notre pays, certaines dates dépassent le simple cadre du calendrier pour devenir de véritables repères de mémoire collective. Le 30 juin est de celles-là.
Le premier 30 juin nous renvoie à une réflexion symbolique sur notre passé. Si le 1er juillet 1885 marque l’installation officielle de l’ordre colonial au Congo, alors le 30 juin 1885 peut être considéré comme le dernier jour précédant cette nouvelle réalité historique.
Non pas le dernier jour d’un État congolais unifié, qui n’existait pas encore, mais le dernier jour avant que les peuples vivant sur ce territoire ne soient progressivement soumis à un pouvoir colonial étranger.
Le deuxième 30 juin est celui de 1956. Ce jour-là, un groupe d’intellectuels congolais réunis autour de la revue Conscience africaine publie le célèbre Manifeste de Conscience africaine, considéré comme l’un des textes fondateurs de l’éveil politique congolais. Sous l’impulsion de Joseph Iléo et avec l’accompagnement de l’abbé Joseph-Albert Malula, futur cardinal, ce manifeste fut porté par plusieurs figures de l’élite congolaise de l’époque, notamment Joseph Ngalula, Antoine Ngwenza, Albert N’Kuli, Dominique Zangabi et Victor Ndjoli.
À travers ce texte, ces pionniers affirment pour la première fois, de manière publique et organisée, l’aspiration des Congolais à l’émancipation politique, à la dignité et à la prise en main de leur propre destin. Ce jour-là, ce n’est pas encore l’indépendance, mais c’est déjà l’éveil d’une conscience nationale. Un peuple commence à penser son avenir et à revendiquer son destin.
À l’approche de chaque célébration de l’indépendance, notre mémoire collective rend, à juste titre, hommage aux pères de l’indépendance. Mais il est également important de se souvenir de ceux qui, quelques années auparavant, ont préparé le terrain intellectuel et politique de cette conquête historique.
Les rédacteurs du Manifeste de Conscience africaine furent parmi les premiers à formuler, avec courage et lucidité, une vision de l’émancipation du peuple congolais. Leur contribution est parfois moins connue du grand public, mais elle demeure fondamentale. Sans prise de conscience, il n’y a pas de combat ; sans idées, il n’y a pas de mouvement ; sans vision, il n’y a pas de liberté.
Le troisième 30 juin est celui de 1960, date de l’accession de notre pays à l’indépendance. Après des décennies de domination coloniale, le Congo retrouve sa souveraineté et rejoint les nations libres du monde.
Ainsi, l’histoire nous offre une remarquable succession de symboles :
* 30 juin 1885 : le dernier jour avant l’ordre colonial ;
* 30 juin 1956 : le réveil de la conscience nationale ;
* 30 juin 1960 : le retour à la souveraineté.
À travers ces trois dates, nous comprenons que l’indépendance n’est pas née en un jour. Elle est le résultat d’un long processus commencé par une prise de conscience, porté par des hommes et des femmes convaincus que le destin du Congo devait être entre les mains des Congolais eux-mêmes.
En ce mois de juin, rendons donc hommage non seulement aux artisans de l’indépendance de 1960, mais également aux précurseurs de 1956, ces pionniers de la conscience africaine qui ont contribué à éveiller un peuple et à ouvrir la voie à la liberté.
Le 30 juin n’est pas seulement la célébration d’une victoire politique. Il est aussi le rappel d’un héritage intellectuel, moral et patriotique dont les générations présentes ont la responsabilité de préserver l’esprit./Fin
