(Par Moïse Musangana)

Au moment où la C64 prend ses quartiers à Rome, le ciel politique congolais n’a jamais été aussi lourd de menaces. Ce sommet, qui devait initialement servir de rampe de lancement pour un bloc républicain uni face aux velléités de révision constitutionnelle du pouvoir, s’apparente désormais à une cure de désintoxication politique de la dernière chance. L’urgence n’est plus seulement de contrer Félix Tshisekedi, elle est d’abord de survivre au séisme provoqué par Joseph Kabila.
Le silence de mort observé par les leaders de l’opposition depuis le basculement de l’ex-président dans la rébellion armée du FRN est un aveu de sidération. Habitués à réagir au quart de tour aux faits et gestes de l’Union Sacrée de la Nation, Martin Fayulu, Moïse Katumbi et leurs pairs ont cette fois perdu leur voix. Pourquoi ? Parce que la violence armée de Goma a pulvérisé leur stratégie du «dialogue national inclusif» : condamner Kabila reviendrait à offrir une victoire politique sur un plateau à Kinshasa ; se taire, c’est flirter dangereusement avec l’opprobre de la complicité.
Pendant que la C64 cherche ses mots dans la ville éternelle, le pouvoir avance à marche forcée. L’adoption de la loi sur le référendum par l’Assemblée nationale montre que le régime Tshisekedi n’entend pas perdre une minute, profitant de la paralysie de ses détracteurs. La politique de la chaise vide à l’hémicycle n’est plus une stratégie, c’est le symptôme d’une impuissance.
La coïncidence du voyage de Delly Sesanga dans le même appareil que le cardinal Fridolin Ambongo rappelle que l’Église, elle aussi muette mais vigilante, observe ce grand écart. Si Rome doit accoucher d’une «troisième voie», celle-ci ne pourra pas se contenter de formules diplomatiques creuses ou de prières pour la paix.
Pour la C64, l’heure de vérité a sonné. Soit elle quitte l’Italie avec un plan de mobilisation populaire et républicain clair, unitaire et sans ambiguïté pour bloquer la loi référendaire au Sénat, soit elle acte sa propre déchéance. Coincée entre un pouvoir dont elle pense qu’elle tord le droit et une rébellion qui prend les armes, l’opposition doit prouver à Rome qu’elle incarne encore une alternative crédible. Sans quoi, elle sera définitivement broyée par l’Histoire.
De toutes les façons, le silence dans lequel elle s’est emmurée, en ce compris la CENCO-ECC, depuis la fracassante annonce de Joseph Kabila, a joué et joue en leur défaveur. Comment pourra-t-on se montrer virulent face à l’adoption de la Loi Ngodankoy, qui ne viole aucune disposition de la Constitution même si on prête au pouvoir l’intention d’ouvrir grandement le boulevard pour le changement de la Constitution, et se taire face à un ancien président de la République qui a pris la tête d’une rébellion, dont on connaît les accointances avec le pays agresseur, le Rwanda, qui semble n’avoir pas été assouvi du sang des Congolais depuis trois décennies ?/