«Chien des Rwandais». Cette métaphore du président Félix Tshisekedi devant la diaspora congolaise à Houston à l’issue du match historique RDC-Portugal comptant pour le premier tour du Mondial 2026 défraie la chronique. Aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur du pays. Les réseaux sociaux sont saturés par des réactions qui vont dans tous les sens. Les partisans de l’ancien président de la République, ainsi que les détracteurs de son successeur, ont déversé leur bile sur ce dernier allant jusqu’à le qualifier d’«indigne», voire de «mal éduqué». Pourtant, le fils d’Etienne Tshisekedi voulait, profitant de l’affront que venait de laver les Léopards après 52 ans d’humiliation, rappeler à ses compatriotes de s’interdire désormais certains souhaits qui se sont révélés finalement comme des imprécations. Vibrants hommages donc au défunt journaliste Morro Muamba wa ba Mulamba qui, seul contre toute la rédaction du journal «Le Potentiel», fit savoir que «les Congolais allaient tous déchanter lorsque Laurent-Désiré Kabila va accéder au pouvoir». Il n’en a pas l’étoffe : c’est une marionnette, un chien, un pantin du Rwanda, un kidnapper dénoncé par les USA, un trafiquant d’armes, d’or et autres matières précieuses, un jouisseur qui n’a pas forcé l’admiration de Che Guevara. Le temps a fini par lui donner raison. Ce n’est pas donc nouveau ce que le président Félix Tshisekedi a déclaré. L’histoire retiendra que Kabila père et fils ont servi de Chevaux de Troie au Rwanda. Et lorsque le premier a voulu s’affranchir, il a été liquidé par les «maîtres» et remplacé par le second, positionné pour les besoins de la cause.
(Par Moïse Musangana, à partir Fès, au Maroc)
Début des années 90, surtout après le fiasco de la Conférence Nationale Souveraine dont les résolutions n’avaient pas franchi les portails du Palais du Peuple ainsi que l’avaient prédit les partisans du maréchal Mobutu, le peuple congolais, à l’époque «zaïrois», jurait quasi à l’unanimité sur le départ du pouvoir de l’«Aigle de Kawele» et envisageait même son remplacement par un chien. Et comme les Zaïrois l’avaient souhaité eux-mêmes, Kigali ne s’était pas fait prier pour installer le 16 mai 1997, par le biais de la première guerre dite de libération, un Cheval de Troie, un «chien», au pouvoir à Kinshasa, en la personne de Laurent-Désiré Kabila. Plus d’une année après, celui-ci voulut s’affranchir en demandant aux troupes rwandaises de quitter le territoire congolais. La suite est connue : il a payé de son sang cette audace le 16 janvier 2001 et a été remplacé aussitôt après par son fils dans des conditions aussi énigmatiques que celles ayant entouré sa mort.
Dans le film «Rise and fall of Mobutu» déjà, le général rwandais James Kaberebe prédisait l’ascension au pouvoir de Kabila fils. Lorsque la rébellion de l’AFDL, en route pour Kinshasa, prend le contrôle de la ville de Kisangani et ses environs, Joseph Kabila est porté en triomphe au Stade Lumumba. Pour cause : il lui est attribué la victoire des troupes rebelles sur les Forces armées zaïroises dans cette partie du pays. Et l’officier rwandais de lui dire : «Il ne faut pas vous laisser impressionner par cette euphorie. Quand vous serez au pouvoir, ce sont les mêmes qui vous applaudissent aujourd’hui qui vont vous huer et se dresser contre vous demain».
Quelle prédiction !
Le président Félix Tshisekedi n’a rien inventé. Il n’a fait que tirer l’attention des Congolais, à travers la diaspora réunie à Houston, de ne plus émettre certains vœux qui se sont révélés finalement comme des imprécations. Et aussi comme des brèches ouvertes pour distraire les Congolais, permettant ainsi aux ennemis de leur pays de les infiltrer jusqu’à la moelle épinière, s’emparant, de ce fait, du pouvoir dans le pays à tous les niveaux. Ce n’est une fausseté, c’est la réalité toute crue.
En effet, après avoir dirigé le Congo pendant 18 ans, Joseph Kabila a administré la preuve la plus plus éloquente de son allégeance à Paul Kagame, dont il l’est «l’homme lige», «un chien couchant». Sans scrupule et avec mépris, il a déclaré à la face du monde après la chute de Goma et de Bukavu, et ce sans la moindre compassion pour de milliers de Congolais fauchés dans ces deux villes, que l’AFC-M23, pantin du Rwanda et reconnu comme tel par la communauté internationale, est l’«aspiration du peuple congolais». Et d’ajouter : «Ce n’est pas un mouvement anarchique».
A partir de quel moment un mouvement réputé rebelle, dont il se prévaut d’avoir combattu et vaincu, est devenu l’aspiration du peuple et a cessé d’être anarchique ? N’est-il pas ainsi coupable d’actes de haute trahison en passant par le pays agresseur, le Rwanda, pour gagner les provinces du pays sous occupation de ses troupes et de ses supplétifs de l’AFC-M23, tenir des réunions avec ces derniers, voire inspecté des camps de recrutement ? Ces actes de haute trahison, en soutien à ceux qui donnent la mort aux Congolais, sont-ils moindres que l’utilisation du qualificatif «chien»?
Comment donc peut-on qualifier un tel individu qui s’est jeté finalement à l’eau pour congoliser la crise dans la partie orientale du pays ? Pour lui donc, le peuple de l’est du Congo est voué à la mort que lui inflige gratuitement depuis trois décennies son maître Paul Kagame qu’il se réserve de condamner, de même que certains prélats catholiques ?
Joseph Kabila mérite-t-il enfin considération ? Citant des témoins, et pas n’importe lesquels, le ministre Julien Paluku, gouverneur du Nord-Kivu sous son règne pendant une dizaine d’années, soutient que le maître de Kigali le qualifiait de son chien. A son tour, le président honoraire n’a pas eu la moindre considération à l’égard des Congolais. Pendant qu’il battait campagne pour «sa Constitution», avait-il souligné dans une conférence de presse, dont un extrait de la vidéo est virale ces derniers temps, les Congolais étaient dans des bistrots à Kinshasa en train de danser et de boire. Que voulait-il insinuer par-là ? Des gens inconscients, inutiles, insensés,…? Et d’ajouter que même les évêques catholiques avaient battu campagne contre «sa Constitution» !
Vibrants hommages à Morro Muamba wa ba Mulamba
Cette polémique, à la limite stérile, fait penser au défunt journaliste et premier secrétaire général de l’ONG Journalistes en danger (JED), Morro Muamba wa ba Mulamba. Que des vibrants hommages lui soient rendus à titre posthume, lui qui a été arraché à la vie à fleur d’âge (38 ans), foudroyé le 20 août 2000 par une crise cardiaque lors d’une marche de santé sur un terrain annexe du Stade des Martyrs. En son temps, il fut le seul de toute la rédaction du journal «Le Potentiel» à ne pas croire en Laurent-Désiré Kabila.
Lors des Conseils de rédaction, il ne cessait de rappeler : «Vous et la majorité des Congolais, vous allez déchanter quand Laurent-Désiré Kabila prendra les rênes du pouvoir dans ce pays». Il n’en a pas l’étoffe : c’est un Cheval de Troie du Rwanda, c’est un pantin, il ne fait rien de lui-même. Il cache les vrais agresseurs du pays qui ont avancé un pion, Paul Kagame, et qui affichent son passé de maquisard pour exploiter le côté émotionnel et sentimental des Zaïrois. Même alors, il s’est distingué dans différents maquis par le kidnapping de sujets étrangers, notamment des Américains, pour exiger des rançons, de trafics d’armes, de l’or et autres matières précieuses, non sans compter la jouissance qui n’a pas forcé l’admiration de Che Guevara qui résolut de s’envoler finalement vers d’autres cieux.
Effectivement, le temps a fini par donner raison à Morro Muamba wa ba Mulamba. Laurent-Désiré Kabila s’est révélé un homme au service du Rwanda. Son premier chef d’état-major général fut James Kaberebe, un général rwandais. D’autres fonctions-clés du pays étaient occupées par des Rwandais, et dans une certaine mesure par des Ougandais. Son fils Kabila, appelé commandant Hyppolite et sur qui pesaient déjà plusieurs soupçons, n’était loin
des cercles rapprochés du pouvoir. Et quand il a voulu prendre son indépendance, en demandant aux troupes rwandaises de rentrer dans leur pays, il va le payer de son sang le 16 janvier 2001.
Et qui pour le remplacer ? Joseph Kabila qui prend parti sans vergogne pour son maître Paul Kagame qui tue sans compter à l’est du Congo, pille sans scrupules les ressources congolaises, puis lorgne sur les terres congolaises dans la perspective de Berlin II. Dommage qu’il se trouve encore des Congolais prêts à jouer au miroir des alouettes.
Ce que le président Félix Tshisekedi a dit n’est pas nouveau. Morro Muamba wa ba Mulamba l’a bien dit près de trois décennies plus tôt. Cependant, il n’a vécu ni la fin tragique de Laurent-Désiré Kabila, ni la prise du pouvoir par son fils. Mais, tout reste égal par ailleurs.
Que l’âme de Morro Muamba wa ba Mulamba repose en paix./Fin

